sâmbătă, 24 noiembrie 2012

ALPHONSE DAUDET


Alphonse Daudet

 

L’évolution de Daudet

          Alphonse Daudet, né à Nîmes en 1840, est élève du lycée Ampère à Lyon; mais ses parents, commerçants en soieries, se ruinent; et il doit renoncer au baccalauréat. Après un séjour au collège d’Alès comme maître d’étude, il rejoint son frère Ernest à Paris, où il mène une vie de bohème; il publie en 1858 un recueil de vers, Les Amoureuses. En 1860, il entre comme secrétaire chez le duc de Morny, qui lui laisse beaucoup de loisirs. Il fréquente les salons, écrit des contes, des chroniques, fait applaudir à l’Odéon La Dernière Idole et recueille des “fantaisises” sous le titre Le Roman du chaperon rouge (1862). En 1868, il publie un roman semi-autobiographique, Le Petit Chose, où sont transposés ses souvenirs d’Alès. Il recueille ensuite en volumes deux séries de contes: les Lettres de mon moulin (1869), où l’esprit parisien s’allie à la poésie ensoleillée de la Provence, et les Contes du lundi (1873), inspirés en partie par les événements de la guerre franco-allemande et de la Commune. Il compose aussi un roman héroï-comique, Tartarin de Tarascon (1872) qui sera suivi de Tartarin sur les Alpes et de Port-Tarascon, et il fait représenter sans succès L’Arlésienne (1873).

          Daudet s’oriente alors dans une nouvelle voie et devient un romancier des moeurs contemporaines. Son premier roman réaliste, Fromont jeune et Risler aîné, triomphe en 1874. Il peint ensuite les malchanceux (Jack, 1876); les puissants du jour (Le Nabab, 1877); les souverains déchus (Les Rois en exil, 1879); les politiciens (Numa Roumestan, 1881); il dénonce les méfaits du fanatisme religieux (L’Évangéliste, 1883), décrit les coulisses de l’Académie (L’Immortel, 1890) et mêle à l’observation sociale des souvenirs de jeunesse (Sapho, 1884). Il reçoit ses amis dans sa propriété de Champrosay et guide quelques jeunes écrivains qui le saluent comme un maître; mais il meurt, en 1897, d’une maladie de la moelle épinière.

 

Le talent de Daudet

          Daudet emprunte à l’observation la matière de ses oeuvres. Il enregistre sur ses “carnets” de petits faits significatifs, qu’il transpose dans ses contes ou dans ses romans de manière à donner la sensation directe de la réalité. Comme les naturalistes, il peint l’humanité contemporaine dans son train de vie quotidien; et il s’intéresse aux humbles: enfants malheureux (Le Petit Chose, Jack); dévoyés et ratés (Fromont jeune et Risler aîné); ouvriers et artisans des faubourgs.

          Mais Daudet possède une âme sensible de poète. Il est toujours demeuré à l’écart du groupe de Médan, dont il réprouve les prétentions scientifiques et le pessimisme desséchant. Sans fermer les yeux aux misères ou aux bassesses de la société, il voudrait être un “marchand de bonheur”: aussi cherche-t-il, même dans les existences médiocres, des trésors de bonté ou de dévouement. Tout vit et vibre sous sa plume. Son style enfin, aisé, lumineux, mais parfois aussi nerveux et fébrile, nourri des sucs provençaux, exerce sa séduction sur les gens simples comme sur les lecteurs raffinés.

 

          L’oeuvre d’Alphonse Daudet se situe en marge du naturalisme, par ses tendances réalistes plus manifestes, a été souvent victime des classements simplificateurs des historiens littéraires: représentant de l’aile fantaisiste et sentimentale de l’école, écrivain pour les enfants, conteur attendri des coutumes provençales ou, au contraire, peintre d’un Midi caricatural. Un certain succès facile, d^surtout aux romans autobiographiques Le Petit Chose et Jack - récits d’une adolescence douloureuse, qui ne manquent pas de sensiblerie - explique, en partie, ces étiquettes parfois hâtives qui placent les livres de Daudet à la limite des deux réseaux qui s’interfèrent dans le système de production naturaliste: la grande littérature et la littérature de consommation ou la paralittérature.

          Sa méthode de travail, fondée sur des notes prises sur le vif, réunies dans ses célèbres “calepins”, le rôle accordé au côté documentaire, la précision de l’observation, son idéalisme social le rattachement aux meilleures traditions du groupe de Médan. Il s’en écarte, pourtant, par l’absence de préoccupations théoriques, par le refus des thèmes triviaux et des cas pathologiques (à l’exception du roman L’Evangéliste, étude d’une crise mystique), par sa vision poétique du monde, teintée d’ironie et d’humour, qui transpercent ses commentaires d’auteur.

          Toute la création littéraire d’Alphonse Daudet se trouve sous le signe d’un dialogue fertile entre le Nord et le Midi. Né à Nîmes, en 1840, il est devenu, de bonne heure, un chroniquer passionné des moeurs parisiennes sous le Second Empire. Les Lettres de mon moulin trahissent non seulement son intérêt pour le folklore de la Provence, auquel il était intimement lié par son adhésion au mouvement des Félibres, mais aussi des dons de conteur très sûrs, l’instinct du détail, spontanéité et charme. La trilogie Tartarin de Tarascon, Tartarin sur les Alpes, Port-Tarascon fait revivre tout le tempérament méridional, la verve, l’imagination enflammée, le penchant à la mystification et le goût de la grandeur, traits qui se joignent dans un type comique au langage haut en couleur.

          Les romans d’Alphonse Daudet témoignent de ses ambitions comme historien de la société aussi grandes que celles d’Émile Zola ou des Goncourt, au moins par la diversité des sujets et des milieux envisagés: l’industrie et le commerce (Fromont jeune et Risler aîné, 1874), la politique et les finances (Le Nabab, 1877, Soutien de famille, 1898), le demi-monde et la bohème artistique (Sapho) les souverains détrônés des petits pays européens (Les Rois en exil), les cercles académiques (L’Immortel).

          Ce sont la technique pointilliste de la description et son instantanéisme qui assurent, en dernière analyse, son originalité dans l’espace naturaliste français. Selon Jacques Dubois (Romanciers français de l’Instantané au XIXe siècle), cette modalité artistique, propre aux frères Goncourt, à Alphonse Daudet, à Jules Vallès et à Pierre Loti, se caractérise par la “sensibilité orientée vers le subjectif”et la “fraîcheur du style”, par le “foisonnement des tableaux” et le “sens libre de la composition” et produit des effets d’éparpillement, de mouvement, d’intermittence. Un schéma narratif qui repose, chez Daudet, sur un assemblage habile de documents, sur une alternance des plans du récit et des intrigues parallèles - ébauche du simultanéisme du XXe siècle -, la segmentation du texte romanesque en de nombreux chapitres - héritage de sa pratique de conteur et de journaliste -, en sont redevables. Les écrits de courtes dimensions: la lettre, le reportage, l’anecdote, le croquis, la légende (Lettres de mon moulin, Contes du lundi, 1873), se prêtent particulièrement au style oral, à l’écriture rapide, nerveuse, à la perception fugitive des sensations - marques de l’impressionnisme littéraire.

          Si la doctrine esthétique du naturalisme français ne doit presque rien à Alphonse Daudet, la thématique et l’expression en sont visiblement enrichies.